Obésité : découverte israélienne sur le rôle du cerveau

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Qui a dit que la prise de poids excessive n’était qu’une question d’alimentation ?

D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), on estime à près de 500 millions le nombre de personnes obèses à travers le monde. L’obésité est le 5 ème facteur de risque de morbidité, et les complications qui y sont directement liées (diabète, maladies cardiovasculaires) sont responsables de la mort d’environ 2,8 millions d’individus chaque année.

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L’obésité est le résultat d’un déséquilibre énergétique entre calories consommées et dépensées. Elle est définie comme une accumulation excessive de graisse corporelle. Pour classer les patients qui en sont atteints on utilise un marqueur universel appelé indice de masse corporelle (IMC = poids en kg/taille en m). Toute personne ayant IMC supérieur ou égal à 30 est considéré comme obèse. Ce n’est pourtant qu’une indication approximative car l’IMC n’est pas directement corrélé au degré d’adiposité d’un individu, et ne tient par exemple pas compte de la masse musculaire (Arnold Schwarzenegger avait ainsi un IMC de 30,8 !).

Jusqu’ici l’épidémie d’obésité a été imputée à deux causes principales : une consommation accrue d’aliments industriels très caloriques et une augmentation de la sédentarité, c’est-à-dire deux facteurs qui n’ont a priori rien à voir avec le fonctionnement cérébral. Pourtant nous associons régulièrement et de façon intuitive l’obésité avec des troubles psychologiques ou socio-environnementaux. C’est à partir du célèbre adage “tout est une question de volonté ” que l’équipe du Docteur Naftali Stern de l’institut d’Endocrinologie, Métabolisme et Hypertension du centre médical Sourasky de Tel-Aviv s’est intéressée de plus près au rôle précis du cerveau dans la physiopathologie de l’obésité. En se fondant sur les travaux de recherche réalisés chez l’homme et chez l’animal par plus d’une quarantaine d’équipes à travers le monde, ils proposent dans la revue américaine ” Neuroscience and Biobehavioral Reviews “, un mécanisme original conduisant à ce qu’ils surnomment le « cerveau obèse ».

Le cercle vicieux de la suralimentation 

Un régime riche en graisses et en sucres, encore appelé régime « cafétéria », a de réelles conséquences sur le fonctionnement cérébral. En effet, ce type de régime peut altérer le fonctionnement normal de la barrière hémato-encéphalique, véritable interface protectrice entre la circulation sanguine et le système nerveux central. Une fois cette barrière altérée, certaines régions du cerveau, principalement l’hypothalamus (centre intégrateur du corps responsable de la sécrétion de nombreuses hormones) seront anormalement exposées à divers métabolites qui généreront un stress oxydant et une libération excessive de médiateurs pro-inflammatoires (cytokines). Conséquence directe de cette cascade : une résistance périphérique à l’insuline (hormone régulatrice de la glycémie) et une perturbation de l’homéostasie énergétique (balance apports/consommation). Dans un second temps, ces remodelages structuraux et fonctionnels pourront toucher d’autres régions du cerveau, notamment l’hippocampe et le cortex.

Cliniquement, cela se traduira par un déficit cognitif et une baisse de l’activité cérébrale entraînant des effets tels que des pertes de mémoire, une concentration difficile, des fonctions motrices ralenties mais surtout une dérégulation de la prise alimentaire ! La boucle est bouclée…

Une physiopathologie plus complexe qu’il n’y parait 

Malgré un schéma bien établi, le processus à l’origine des perturbations neurologiques présentes chez le « cerveau obèse » n’est pas aussi simple que le paradoxe de l’œuf et de la poule. C’est plutôt une succession complexe d’évènements endogènes et environnementaux qui semble à l’origine de l’obésité. Ce qui est clairement rapporté par l’équipe du Docteur Stern c’est que la suralimentation n’est que l’étincelle de départ qui va mettre le feu aux poudres.

Ces résultats représentent un premier pas vers l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques et le développement de nouveaux médicaments visant à protéger au mieux le cerveau de l’obésité.

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