L’étude israélienne que l’industrie cosmétique veut dissimuler

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Une étude de l’Université de Tel-Aviv dévoile qu’une substance contenue dans les cosmétiques et les détergents provoque la mort des récifs coralliens. L’étude menée en commun par des chercheurs israéliens et américains, dévoile que la benzophénone-2 (ou BP-2), présente dans la composition de centaines de produits cosmétiques ou détergents, a un effet toxique mortel sur les barrières de corail.

La BP-2 est un produit chimique à l’usage extrêmement répandu dans l’industrie des produits cosmétiques de grande consommation. Les chercheurs ont jusqu’à présent dénombré plus de 380 produits de toilette et nettoyants en contenant, parmi lesquels des savons, des lessives en poudres et liquides, des crèmes, des écrans solaires et des parfums.

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L’étude vient d’être publiée dans la prestigieuse revue Ecotoxicology ; elle est le fruit des travaux du Prof. Yossi Loya, du Dr Esti Winter, et des doctorants Roy Segal et Omri Bronstein de l’Université de Tel-Aviv, en collaboration avec le Dr Ariel Kushmaro, Yona Lichtenfeld et Rina Jeger de l’Université Ben Gourion, ainsi que du Prof John Fauth de l’Université de Floride Centrale, du Dr Craig Downs de l’Institut américain Haereticus Environmental Laboratory, et des Dr. Sheryl Wadley et Paul Pennington de la National Oceanic and Atmospheric Administration (Agence américaine pour l’étude des océans).

Un produit chimique mortel

Selon l’étude, la benzophénone-2 introduite en milieu marin, même à une concentration très faible, a un effet rapide et particulièrement toxique pour les jeunes coraux. Elle est de plus, nocive pour les coraux adultes, provoquant leur blanchissement et portant atteinte à leur ADN. “Il s’agit du premier article d’une série qui sera consacrée aux effets toxiques des différents produits chimiques sur l’environnement marin en général, et sur la vie des coraux en particulier” explique Omri Bronstein, du Département de Zoologie de la Faculté des Sciences de la Vie de l’Université de Tel-Aviv. “Il rapporte une série de tests sur les effets de la BP-2 aux premières étapes de la vie des coraux, lorsqu’ils sont encore à l’état de larve et dérivent dans les courants marins. La plus grande concentration du produit a été trouvée dans les Caraïbes, mais les résultats des tests que nous avons effectués dans le golfe d’Eilat sont équivalents et tout aussi inquiétants”.

Sauver les coraux

La BP-2 est impossible à filtrer à l’aide de la plupart des dispositifs d’épuration des eaux existant actuellement. Elle est couramment employée dans l’industrie cosmétique depuis les années soixante du vingtième siècle. La croissance de la population humaine et l’augmentation de son activité à proximité des zones côtières provoque une production accélérée d’eaux usées dans ces secteurs, et accroit sensiblement la pollution due à l’utilisation de produits chimiques. La contamination croissante de l’environnement marin par la BP-2 constitue un danger véritable pour les efforts de préservation et de reconstitution des récifs de coraux dans le monde, voire l’un de ses principaux facteurs d’échec.

“L’industrie des cosmétiques va être obligée de réagir à notre étude” dit Bronstein. “Nos collègues des Etats-Unis ont été soumis à des pressions dans le but d’éviter sa publication, mais à présent, ils n’auront plus d’autre choix que de la prendre en compte et d’agir en conséquence. Je pense que dans un proche avenir on verra apparaître sur les produits cosmétiques la mention ‘ne contient pas de BP2’. En fin de compte, notre but est de sauver les barrières de coraux de l’extinction”.

Selon la Commission américaine pour la Politique maritime, la disparition des récifs de coraux dans le monde ces dernières décennies a trois raisons principales: la pollution, le réchauffement de l’eau de mer et la surexploitation des ressources maritimes. Aux Caraïbes, où la plupart des tests de l’étude ont été effectués, plus de 80% des récifs de coraux ont disparu depuis le début des années soixante du siècle passé, en particulier à proximité des côtes.

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