STRATASYS : trois opérations financières pour créer un leader mondial israélien

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Plusieurs ingrédients sont requis pour faire passer une start-up du stade de la belle idée à celui d’une grande réussite : une équipe expérimentée et complémentaire, une belle technologie, une présence mondiale avec un bon marketing, enfin un financement adapté pour accompagner toutes les étapes du développement. Un financement adapté, ce n’est pas seulement des fonds de venture capital qui nourrissent la croissance de l’entreprise. Dans le domaine financier aussi, audace et créativité peuvent faire la différence. STRATASYS, devenue l’un des deux leaders mondiaux de l’impression 3D, montre bien comment plusieurs belles opérations financières ont donné à cette entreprise israélo-américaine les moyens d’atteindre sa place actuelle.

L’impression 3D, considérée par Goldman Sachs comme l’une des 8 technologies de rupture pour l’avenir (disruptives technologies), prend une place de plus en plus importante dans les processus manufacturiers, et bientôt dans les outils personnels de créativité. Selon Crédit Suisse, le marché global devrait passer de 3 milliards de dollars en 2013 à 12 milliards en 2020, impliquant une croissance annuelle de 30 à 40%. L’américain 3D Systems et Stratasys sont au coude à coude pour la place de leader du marché, avec un chiffre d’affaires de l’ordre de 500 millions de dollars en 2013.

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L’histoire de Stratasys est édifiante. A l’origine de l’entreprise, on trouve des spécialistes des technologies de l’impression, comme Elchanan Jaglom, David Reis et Gershon Miller. E. Jaglom, maintenant agé de 72 ans, a participé à la création de Idanit Technologies, fabricant de machines d’impression grand format. Idanit a fusionné avec Scitex en 1998, qui a ensuite été rachetée par le leader mondial HP en 2005 pour 230 millions de dollars. Scitex a été considérée comme une des belles réussites technologiques d’Israël au tournant du millénaire. David Reis a été le dirigeant de Nur Macroprinters, également achetée par HP en 2007, pour 117 millions de dollars.

Gershon Miller, qui avait aussi participé à l’aventure Idanit, a créé OBJET en 1998. David Reis est le CEO de Objet depuis 2009, E.Jaglom étant un des financiers de l’entreprise. La société, basée à Rehovot, est spécialisée dans les machines d’impression 3D à destination de l’industrie, sur les technologies résine. Forte de 430 employés, Objet envisageait en 2012 de lever 100 millions de dollars lors d’une introduction en Bourse au Nasdaq, avec une valorisation d’environ 500 millions de dollars. Une autre option stratégique était la vente à un grand nom de l’industrie.

Finalement, Objet a choisi une voie originale, sous la forme d’une fusion avec son concurrent américain Stratasys, déjà coté sur le Nasdaq. Formellement, la fusion s’est opérée par échange d’actions, les actionnaires de Objet recevant des titres Stratasys pour leurs actions Objet. Les actionnaires de Objet détiennent à l’issue de l’opération 45% du groupe fusionné, valorisant leur participation à 630 millions de dollars, ceux de Stratasys détenant donc 55% de l’ensemble. David Reis est devenu CEO de l’ensemble, Elchanan Jaglom, qui possède 10% du capital, étant président du comité exécutif. Cette opération intelligente a constitué un groupe israélo-américain, valorisé 1,4 milliards de dollars au moment de la fusion, et co-leader mondial de son marché avec 3D Systems, tout en évitant à Objet les incertitudes d’une introduction en Bourse.

La valorisation du groupe a augmenté de plus de 150% en 2013 pour atteindre une capitalisation de l’ordre de 4 milliards de dollars. Nouvelle opération structurante en août 2013 : Stratasys annonce l’acquisition de MakerBot, constructeur d’imprimantes 3D de bureau destinées au segment des professionnels indépendants et des consommateurs. La gamme MakerBot vient donc élargir la clientèle habituelle de Stratasys. Valorisée environ 400 millions de dollars, l’opération a été payée en titres Stratasys, représentant de l’ordre de 10 % du capital du groupe. Cette belle opération de croissance externe a été rendue possible par la valorisation élevée du titre sur le Nasdaq.

En septembre 2013, profitant de la hausse continue de l’action, la direction de Stratasys a lancé une augmentation de capital, secondary offering, pour un montant total de 463 millions de dollars; l’opération a été dirigée par des grands noms de Wall Street : JP Morgan, Morgan Stanley, Pipper Jaffray et BofA Merrill Lynch. Les nouvelles actions ont été émises à 93 dollars, et le titre a continué sa hausse début 2014, jusqu’à dépasser 130 dollars. Cette troisième opération financière donne à Stratasys les moyens financiers de poursuivre sa croissance.

Le chiffre d’affaires 2014 du groupe devrait ainsi atteindre 670 millions de dollars, en progression de 40%, avec un résultat net de 15 à 20 millions. Il y a quelques semaines, les acquisitions se sont poursuivies avec le rachat de Solid Concepts, société californienne valorisée 295 millions de dollars, apportant un chiffre d’affaires additionnel de 65 millions (base 2013), poursuivant ainsi la stratégie visant à acquérir des positions de leader sur de nouvelles lignes de métiers.

Fusion avec un concurrent coté, acquisition par échange de titres, augmentation de capital : grâce à trois opérations financières intelligentes en l’espace de 18 mois, la belle start-up israélienne a donc complètement changé de dimension, pour devenir un des deux leaders mondiaux de son marché, avec la capacité de poursuivre une forte croissance, tant interne qu’externe. Avec une valorisation de près de 5 milliards de dollars, Stratasys est devenue une des plus importantes sociétés israéliennes sur le Nasdaq en terme de capitalisation boursière. Assurément un exemple à suivre, qui montre le rôle stratégique de la finance dans le développement d’une entreprise.

 

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