Pourquoi Israël est devenu le paradis des start-ups

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Inbal Arieli était de passage à Paris le 22 mai dernier à l’ESCP pour nous expliquer comment est né l’écosystème israélien de l’innovation et comment son accélérateur 8200 EISP y joue un rôle moteur comme source d’innovation et de création de Startups en Israël. Cette rencontre est l’objet de 2 articles de Valérie Zarka, celui-ci sur l’écosystème israélien de l’innovation et un prochain sur l’accélérateur 8200 EISP.

Inbal Arieli est israélienne et aime à se présenter comme une jeune femme de 39 ans, maman de 3 garçons, vivant à Tel Aviv, ayant servi pendant 5 ans dans l’unité d’élite de l’armée 8200 (Shmoné-Matayim en hébreu) qui désigne l’escouade d’élite de Tsahal spécialisée dans le renseignement électronique. Un diplôme d’avocat en poche, elle a exercé son métier dans le domaine du Commerce International, au service de l’industrie High-Tech israélienne.

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Mais en 2010, alors qu’elle représentait la Startup Modu en tant qu’avocate, elle a réalisé qu’il n’existait pas suffisamment d’organisations permettant de soutenir les start-ups “Early Stage” (projet en phase d’amorçage) : elle a donc imaginé un accélérateur s’appuyant en partie sur les Alumni de l’unité d’élite 8200 désireux de se lancer dans un projet.

En dehors de l’accélerateur 8200 EISP, Inbal fait aussi partie depuis quelques mois de “Start Up Nation Central”, inspiré du livre “Start Up Nation”, qui a changé la vision du monde sur Israël. Israël peut non seulement proposer ses produits et services de haute technologie, mais les talents de ce pays sont désormais en mesure d’expliquer comment innover et comment faire souffler l’esprit entrepreneurial partout ailleurs…
Start Up Nation Central a pour but de créer des passerelles entre l’innovation israélienne et les besoins des marchés internationaux (USA, Europe, Chine…)

Par ailleurs, Inbal Arieli est en cours d’écriture d’un livre sur les racines de l’entrepreneuriat en Israël.

Quelques chiffres

  • Plus forte densité de Startups / habitant au monde … 1 Startup pour 2 000 habitants !
  • Tel-Aviv est devenue la 2nde Silicon Valley au monde après la Californie, selon 8 critères de comparaison avec les autres écosystèmes mondiaux.
  • En 2013 ; on décompte 5 000 start-ups en Israël, ce chiffre ne bougeant pas depuis quelques années car certaines échouent et d’autres se créent rapidement…
  • Ce qui évolue fortement ce sont les montants d’investissements (660 M$ pour Q3 2013) et le montant des Exits (7 Milliards $, M&A et IPO)

Les chiffres clés de l’investissement

  • L’investissement dans les Startups early & mid stage a fortement augmenté depuis quelques années, ce qui permet à des projets prometteurs de voir effectivement le jour ! Le problème est quasi inversé depuis quelques années : ce sont maintenant les fonds qui sont à la recherche des bonnes Startups dans lesquelles investir. Par ailleurs, 75% des capitaux sont désormais étrangers. Cette part est un peu moindre dans les Early Stage, du fait de la proximité des jeunes entrepreneurs avec les acteurs locaux. Les investissements sont de mieux en mieux répartis dans tous les secteurs : l’Internet reste majoritaire, mais les logiciels, la communication et les Biotechs prennent une part croissante.
  • En 2013, les exits ont battu des records, avec un total de plus de 7 Mds de $ et une moyenne de 170 M$ / Exit, notamment dans les Biotechs (total exit = 2,5 Mds de $) et l’Internet (total exit = 2 Mds de $). Il faut noter que la plupart des rachats sont faits par les 250 groupes internationaux ayant un centre de R&D en Israël (Google, Facebook, Cisco, IBM, Apple…)

Les racines de l’esprit de la Start-Up Nation

Mais ce qu’Inbal Arieli a surtout souhaité expliquer lors de sa conférence à l’ESCP, c’est la “Secret sauce”, la raison pour laquelle Israël est devenu une Oasis pour les entrepreneurs :

  • L’armée a un double rôle : un rôle de melting pot social et un rôle d’incubateur de talents. Confrontés quotidiennement à la résolution de problèmes, les miliaires ont une forte capacité à imaginer, créer et trouver des solutions concrètes. Responsabilisés dès l’âge de 18 ans, ils apprennent à décider, à agir rapidement… et à se tromper aussi. Ces quelques années passées au sein de leur unité offrent aux jeunes israéliens la meilleure école de management possible !
    Une des particularités de l’apprentissage militaire est une absence quasi totale de “formalisme” et de hiérarchie. Les plus jeunes travaillent directement avec les meilleurs experts pour casser l’ordre établi, souvent considéré comme un frein à l’initiative, la créativité et l’innovation.
    Par exemple, au sein de l’unité d’élite 8200, les jeunes recrues ont le droit et même le devoir de dire ce qu’ils pensent, à tout moment, en toute situation. Ils sont fortement encouragés à penser “out of the box”, en particulier dans les situations de danger.
  • L’esprit pionnier des immigrants venus construire le pays depuis 60 ans et dans l’obligation de se réinventer pour survivre est aussi une raison de cette créativité.
  • Le support du gouvernement : au début des années 90, le gouvernement israélien a eu un rôle majeur dans la création de l’écosystème via 2 actions majeures :
    • Dans le but de conserver les talents technologiques en Israël, le gouvernement a créé le Office of Chief Scientist (OCS), un programme d’incubation de Startups, pour aider ces talents à avoir des idées, à créer, à développer des solutions technologiques, même à une époque où il n’y avait pas de capitaux pour soutenir leurs projets. Le gouvernement a donc créé un système pour “sponsoriser” leurs projets. Le ROI (retour sur investissement) n’a pas été important mais le gouvernement a ainsi empêché la fuite de ces cerveaux.
    • The Yozma Group est la 2ème initiative du gouvernement qui a permis d’attirer les capitaux étrangers en proposant à des fonds étrangers de partager l’investissement : les risques étaient supportés par l’Etat, les capitaux étrangers profitant uniquement des succès.

Ces initiatives ont permis de fonder les 10 premiers Venture Capital en Israël, ainsi que la première génération de start-ups à succès, qui ont eu un effet d’attraction puissant sur de nouveaux capitaux étrangers et initié le cycle vertueux de création. Aujourd’hui le rôle du gouvernement est minimum.

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