Les conséquences physiologiques du décalage horaire (jet lag)

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Les conséquences physiologiques du jet lag
http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/77919.htm

Une équipe de chercheurs de l’Institut Weizmann en Israël a démontré que les voyageurs fréquents et les employés travaillant à des horaires irréguliers devraient se méfier : les retombées du décalage horaire (Jet lag) sur l’organisme sont conséquentes; notamment pour le microbiote intestinal.

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La vie terrestre est marquée par les fluctuations de la lumière dues à la rotation de notre planète autour de son axe. Chaque être vivant s’y adapte grâce à ce qu’on appelle le rythme circadien, rythme d’environ 24 heures plus connu sous le nom d’ “horloge biologique” ou “horloge interne”. Ce phénomène permet l’adaptation des processus biologiques aux processus temporels géophysiques. Notre horloge interne contrôle ainsi de nombreux processus impliqués dans notre métabolisme et notre système immunitaire.

L’invention de l’électricité et de l’aviation a suffi à dérégler les horloges biologiques de millions de personnes comme par exemple les travailleurs de nuit ou les grands voyageurs. Ce dérèglement circadien est tenu pour responsable de nombreux risques de maladies métaboliques tels que l’obésité, le diabète, etc. Les mécanismes à l’origine de ces maladies étaient toutefois encore mal connus.

Le rôle du microbiote intestinal

Les chercheurs des laboratoires du docteur Eran Elinav et du professeur Eran Segal de l’Institut Weizmann ont récemment publié un article sur l’implication du microbiote intestinal dans l’effet néfaste des édulcorants artificiels. Le microbiote intestinal, aussi appelé flore intestinale, est l’ensemble des micro-organismes qui se trouvent dans le tube digestif. Le microbiote intestinal et son hôte coopèrent étroitement, ce qui résulte le plus souvent par des avantages pour chacune des partie (l’être humain y gagne ainsi en maturation du système immunitaire, en synthèse de vitamines, etc.).

Les chercheurs Christophe Thaiss et Maayan Levy de ce laboratoire, en collaboration avec le chercheur David Zeevi (laboratoire du Pr Eran Segal) se sont à leur tour interrogés sur le lien éventuel entre le microbiote intestinal et le dérèglement du rythme circadien, originaire de maladies. Ils ne sont pas les seuls à considérer que la population de microbes vivant dans nos intestins fonctionne comme un organe supplémentaire qui aurait un impact considérable sur notre organisme.

Pour le prouver, ces étudiants ont décidé d’étudier les cycles circadiens de nos bactéries et de bactéries vivant au sein du système digestif de souris.

Ces bactéries vivent quotidiennement dans le noir, enfouies dans le système digestif. Malgré tout, elles sont capables de programmer leurs activités quotidiennes en fonction du cycle nutritionnel de leur organisme d’accueil.

Les chercheurs ont mis des souris dans une situation de jet lag (décalage horaire) en altérant leur rythme jour-nuit. Ils les ont exposées à la lumière et au soleil à différents intervalles de temps. Les souris ont arrêté de manger à intervalles de temps réguliers, interrompant le rythme circadien de leurs bactéries intestinales. Ce qui a procuré un gain de poids et une augmentation du niveau de sucre sanguin. Afin de vérifier ces résultats, les bactéries intestinales de ces souris ont été transférées à des souris non soumises au décalage horaire : ces nouvelles souris ont rapidement développé les mêmes symptômes de prise de poids et d’augmentation de niveau de sucre sanguin.

Des bactéries en décalage horaire

Les chercheurs se sont par la suite tournés vers le microbiote intestinal humain. Ils ont collecté les bactéries du microbiote de deux personnes voyageant des Etats-Unis vers Israël : avant le vol, un jour après l’atterrissage, donc au pic du décalage horaire, et deux semaines après le voyage. Ils ont implanté les différents microbiotes intestinaux de ces voyageurs à des souris stériles : les souris recevant les bactéries des humains sous décalage ont montré un gain de poids significatif ainsi qu’une augmentation du niveau de sucre sanguin. Alors que les souris recevant les bactéries des humains avant ou après le décalage horaire n’ont présenté aucun de ces effets. Une variation similaire de population et de fonction de bactéries intestinales est ainsi observable chez la souris comme chez l’humain.

Ces résultats publiés dans la revue Cell fin octobre suggèrent qu’une perturbation à long terme de notre horloge biologique bouleverserait nos bactéries intestinales. Cette perturbation donnerait lieu à une augmentation du risque d’obésité et à des niveaux de sucre sanguin anormaux.

Une nouvelle cible thérapeutique pourrait ainsi être exploitée. De futures études pourraient viser la normalisation du microbiote de personnes ayant un rythme de vie nécessitant de fréquentes altérations de leur cycle du sommeil, afin de prévenir ou de réduire le risque de développement de l’obésité et de ses complications.

Rédacteurs : Amaranta Kahn, Volontaire internationale chercheuse à l’Institut Weizmann

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