Les exosquelettes bientôt parmi nous

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La scène est repassée en boucle lors du dernier Mondial. Le 12 juin 2014, le coup de pied inaugural de la Coupe du monde de football avait été donné par un paraplégique de vingt-neuf ans, Juliano Pinto, via un exosquelette. A l’origine de cette prouesse, un dispositif créé par une équipe de 156 chercheurs du monde entier, dirigée par le médecin brésilien Miguel Nicolelis. Ce chercheur en neurosciences à la Duke University a mis au point une combinaison composée d’un exosquelette à base de tiges motorisées, d’un ordinateur et d’un casque à électrodes. « C’est la première fois qu’un exosquelette est contrôlé par l’activité cérébrale et offre un feed-back aux patients », avait fait valoir son initiateur. Mais ce dispositif, baptisé « BRA-Santos », qui avait reçu 14 millions de dollars du gouvernement brésilien, reste très largement expérimental. D’aspect moins futuriste, les exosquelettes intelligents disponibles sur le marché n’en demeurent pas moins révolutionnaires.

Pionnier du genre : le ReWalk, un exosquelette robotisé portable permettant aux individus ayant un handicap des membres inférieurs de se tenir debout et de marcher. « Comparé au prototype exhibé l’an dernier, on peut qualifier notre produit de “low tech” », sourit John Frijters, vice-président des ventes et du développement de ReWalk Robotics pour l’Europe. Mais ce serait un compliment, car toute la difficulté a consisté à développer un système simple d’utilisation et basé sur l’apprentissage intuitif. »

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Les circonstances de cette invention ne sont pas neutres. Né en Israël, ReWalk a été conçu par la start-up ArgoMedical Technologies, le nom d’origine de l’entreprise, basée sur le parc industriel de Yokneam Illit, près de Haïfa. Le produit, qui apporte un renforcement des hanches et une mobilité des genoux, peut permettre aux individus qui souffrent de blessures à la moelle épinière de tenir debout, de monter des escaliers et de remarcher. Dans un pays où l’armée joue un rôle essentiel en matière d’innovation technologique, ReWalk Robotics fait partie de ces entreprises qui se soucient de répondre aux besoins de vétérans de guerre, un débouché naturel dans l’Etat hébreu, et à plus grande échelle aux Etats-Unis.

Agrément pour l’usage à domicile

Ce dispositif n’aurait pas vu le jour sans la ténacité d’Amit Goffer, titulaire d’un doctorat d’ingénierie électrique de l’Institut Technion, le « MIT ». Ancien collaborateur de la société Elscint, spécialisée dans l’imagerie médicale, ce scientifique avait fondé Odin Medical Technologies (qu’il cédera à Medtronic), avant de devenir tétraplégique suite à un accident de quad survenu en 1997. Quatre ans plus tard, il créé la start-up Argo pour développer une combinaison bionique permettant à certains paralysés de remarcher. Ne maîtrisant pas suffisamment la mobilité de ses membres supérieurs, Amit Goffer, soixante et un ans, n’a cependant jamais pu utiliser le ReWalk pour ses propres besoins.

Dirigé par Larry Jasinski, ReWalk Robotics s’est lancé sur le Nasdaq l’été dernier, levant 36 millions de dollars lors de son introduction. L’entreprise a remporté une victoire décisive il y a tout juste un an, lorsque son exosquelette a reçu l’agrément de la Food and Drug Administration (FDA), l’agence américaine du médicament. « Notre système est le seul à avoir reçu un feu vert de la FDA et à permettre un usage personnel à domicile », précise son responsable européen, John Frijters. Une allusion à peine voilée au concurrent californien Ekso Bionics, qui n’est proposé qu’en centre de rééducation. « ReWalk est également la seule technologie d’exosquelette à avoir été conçue par une personne non valide », ajoute-t-il.

Cette approche originale permet un usage indépendant. « A l’issue de 30 séances, on peut redonner à quelqu’un la possibilité de remarcher en dehors de la rééducation fonctionnelle. Surtout, le pilote fait symbiose avec la machine », pointe Fred Jean, PDG de société Runseat et distributeur français du ReWalk. Grâce à un dispositif de commande assistée par ordinateur et à des capteurs de mouvement, ainsi qu’à une batterie logée dans un sac à dos, l’utilisateur a l’entière maîtrise du système, qui se rapproche de la démarche naturelle.

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Nathalie Hamou et Benoit Georges / Les Echos

 

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