Archéologie : il y a 400 000 ans, on souffrait déjà de la pollution

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Des chercheurs de l’Université de Tel-Aviv ont découvert des particules de suie dans la plaque dentaire de dents humaines préhistoriques trouvées dans la grotte de Quessem en Israël, sans doute l’un des premiers cas de pollution atmosphérique dans l’histoire de l’humanité, due probablement à l’inhalation de la fumée des premiers feux de camp permanents allumés pour la cuisson de la viande. L’étude, qui a également révélé des résidus d’aliments végétaux, est une nouvelle preuve des changements biologiques et culturels vécus par l’homme il y a 400000 ans, livrée par les fouilles de l’un des sites préhistoriques les plus exceptionnels de la planète. L’étude a été publiée le 18 juin 2015 dans la revue Quaternary International.

Fouillée depuis 2000 par des chercheurs du Département d’archéologie de l’Université de Tel-Aviv, la grotte de Quessem, située à proximité de Rosh HaAyin (25 km à l’est de Tel-Aviv) a produit à ce jour une série de vestiges archéologiques qui fascinent le monde. La nouvelle étude, menée par le Prof. Ran Barkai, le Prof Avi Gopher et le Dr. Rachel Sarig de l’Université de Tel-Aviv, a été réalisée en collaboration avec le Prof. Karen Hardy de l’Institut de recherche catalan ICREA, Anita Radini et Stephen Buckley de l’Institut BIOARCH de l’Université York et le Prof. Les Copeland de l’Université de Sydney.

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“La grotte de Quessem, représente une étape extraordinaire de l’évolution biologique et culturelle de l’homme, qui a duré environ 200.000 ans, entre 400.000 et 200.000 ans avant nos jours”, explique le Prof. Barkai. “Il existe des sites similaires dispersés dans la région du sud du Levant jusqu’en Syrie, mais en termes de conservation elle n’a pas son équivalent”.

Depuis 2000, on y a trouvé jusqu’à présent la plus ancienne preuve d’une utilisation permanente du feu pour la cuisson de la viande, des témoignages du recyclage des outils et de la première preuve de l’existence d’un type humain susceptible d’être l’ancêtre de l’homme moderne dans la région, découverte qui défie la conception conventionnelle selon laquelle l’origine de l’Homo sapiens aurait été l’Afrique de l’est.
Un examen attentif des dents humaines trouvées dans la grotte de Quessem a montré qu’elles n’appartiennent pas à l’homme moderne, ni à notre ancêtre l’Homo erectus ni à nos frères du Neandertal, mais à un nouveau type d’hominidé qui partage des caractéristiques à la fois avec l’homme du Neandertal et avec l’Homo sapiens.

D’après le Prof. Barkai, l’une des causes possibles des changements biologiques et culturels vécus par les habitants de la grotte de Quessem, notamment de l’émergence du phénomène de la cuisson de la viande, est la disparition de l’éléphant dans l’alimentation locale. “Différentes espèces d’humains ont vécu ici pendant un million d’années en mangeant de l’éléphant. Puis, il y a environ 400000 années les os d’éléphants ont disparu des lieux de résidence et d’activité de l’homme. Or l’éléphant représente un incroyable complexe calorique ; sur le plan nutritionnel, il possède est une valeur équivalente à 80 cerfs au moins. La disparition ou l’extinction des éléphants a poussé les humains à s’adapter à leur nouvel environnement, à la fois sur le plan biologique et culturel. Pour survivre, l’homme devait courir vite et développer ses capacités cognitives. Ces changements ont encouragé l’utilisation du feu pour la cuisson, afin de produire plus de calories à partir de la viande de cerfs “.
Pour reproduire la plaque dentaire des dents humaines trouvées dans la grotte de Quessem, les chercheurs israéliens se sont adressés au Prof. Karen Hardy de l’Université de Barcelone. Puis, à l’aide d’un processus chimique complexe, ils ont vérifié ce qui se trouvait entre les dents lorsque le tartre s’est formé. Les résultats ont été surprenants.

L’analyse de la plaque des anciennes dents a révélé la présence de particules de charbon, premier témoignage direct de l’inhalation de fumée. “Tout le monde parle du feu comme d’une merveille et d’un miracle du progrès”, explique le Prof. Barkai, “mais comme toute forme de progrès, il a également eu un lourd prix environnemental. Les hommes ont appris à rôtir la viande, mais cette découverte leur a coûté la santé: vivant dans la grotte, ils inhalaient la fumée des feux qu’ils avaient eux-mêmes allumé. Il est probable que cette inhalation ait eu des implications pour leur santé et qu’ils aient dû trouver une solution créative à ce problème, qui a accompagné l’humanité depuis sa naissance”.
Deuxième trouvaille: des restes de nourriture végétale, y compris plusieurs sortes d’amidons provenant de graines diverses. Il s’agit de la première preuve directe d’une alimentation végétale des humains de la grotte de Quessem :”Nous pensions que les hommes préhistoriques se nourrissaient essentiellement de viande et de graisse, mais il n’y a à présent aucun doute qu’ils mangeaient aussi des aliments végétaux. On avait déjà retrouvé des graines sur des sites préhistoriques, mais ici, pas de doute : ce sont des graines qui sont restées coincées entre leurs dents.”

En outre, les chercheurs ont trouvé dans le tartre des fibres végétales, sans qu’il soit en mesure de décider si les habitants de la grotte utilisaient leurs dents pour travailler les fibres ou s’ils utilisaient les fibres pour nettoyer leurs dents, comme fil dentaire.
“L’image qui devient claire, donc, est celle d’un changement biologique et culturel progressif de l’Homo erectus à l’homme moderne, à savoir nos propres ancêtres”, conclut le professeur Barkai. “Et comme pour compléter ce tableau, dans l’une des dents on a même trouvé un morceau de l’aile d’un papillon de nuit. Un homme a avalé un papillon et un morceau de son aile est resté collé à l’une de ses dents. 400000 années plus tard, nous savons reproduire ce morceau à partir de la plaque dentaire et dire qu’il s’agissait d’un papillon de nuit.”

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