Israël : une méthode contre le stress post-traumatique

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Une étude américano-israélienne, fruit d’une collaboration entre l’Université de Tel-Aviv, les Forces de défense d’Israël,  l’armée américaine et les Instituts nationaux de la santé aux États-Unis (NIH) a abouti à la mise au point d’une thérapie par ordinateur pour soulager les patients atteints du trouble de stress post-traumatique (TSPT), comme les soldats de retour du champ de bataille ou les civils impliqués dans des accidents de la route. Pour le Prof. Yair Bar-Haim directeur de l’École des Sciences psychologiques de l’Université de Tel-Aviv, à la tête de l’équipe de recherche, il s’agit d’une percée révolutionnaire pour le traitement du syndrome. Les résultats de l’étude ont été publiés ce week-end dans la revue American Journal of Psychiatry.

Le syndrome de stress post-traumatique (en anglais Posttraumatic stress disorder PTSD) englobe un grand nombre de comportements, comme une pression et une vigilance hyper-développés, l’évitement des menaces, et un revécu récurrent et incontrôlé du traumatisme. Pour le Prof. Yair Bar-Haïm, la question était de savoir s’il existe un mécanisme, un facteur de base dans le cerveau humain, qui sous-tend certains de ces changements. “Nous avons réussi à en identifier l’un des facteurs” explique-t-il: “chez les personne souffrant de TSPT, le système de détection des menaces de l’environnement est anormalement instable”.

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Selon lui, lorsque nous marchons dans la rue, par exemple, une partie de notre attention est en permanence dirigée vers les menaces potentielles, comme les visages menaçants, les mouvements brusques, les voitures qui se rapprochent de nous etc… Cela fait partie de notre système cognitif de détection des menaces de l’environnement. Mais chez les personnes souffrant de TSPT, la mobilité de ce “radar” interne est disproportionnée aux menaces réelles.

Car pour le Prof. Bar-Haim, un système devant répondre aux dangers ne peut pas être figé, comme l’admettaient communément les chercheurs. “Nous devons réagir en temps réel aux bruits, aux cris, aux visages; de plus, des situations comme un travail de bureau, la conduite d’une voiture ou un assaut sur le champ de bataille sont incomparables”. Il a donc, avec l’un de ses doctorants, Rany Abend, développé un outil d’évaluation pour suivre en ligne les fluctuations de ce mécanisme de détection des menaces, qui lui a permis de calculer précisément son influence sur les symptômes du TSPT, à partir de données existantes.

La nouvelle étude avait pour but de développer une méthode d’entraînement informatisé visant à rééquilibrer le système cognitif des personnes souffrant d’un post-traumatisme. “Nous avons montré que l’instabilité du système de détection des menaces est lié aux symptômes du TSPT. Une fois ce biais mesuré avec précision, nous avons tenté de renormaliser le système pour soulager les symptômes du syndrome”.
Les essais cliniques ont été conduits au sein de l’unité des réactions au combat du Corps médical de Tsahal, ainsi qu’à Omaha, dans le Nebraska, sur des anciens combattants d’Afghanistan. Chaque expérience a été menée sur 40 soldats ayant développé le syndrome après avoir participé aux combats.

“Nous leur avons demandé d’identifier une flèche simple à droite ou à gauche de l’écran, puis de cliquer sur le curseur à droite ou à gauche”, explique le Prof. Bar-Haim. “Nous avons alors rajouté des visages menaçants (dans l’étude américaine) ou des paroles menaçantes (dans l’étude israélienne), l’objectif étant la normalisation progressive, en plusieurs séances sur l’ordinateur, des modèles d’allocation de l’attention aux menaces. Dans les deux études, les résultats se sont soldés par une diminution significative des symptômes et la guérison d’une grande partie des patients”.

Le TSPT est aujourd’hui soigné par un traitement psychologique qui consiste à identifier le traumatisme, en parler, et adopter une série de mesures cognitivo-comportementales impliquant une exposition contrôlée au souvenir traumatique. “C’est le traitement le plus efficace disponible aujourd’hui; cependant, de nombreux patients n’y réagissent pas, ou y renoncent tout simplement. Le gros avantage du traitement que nous proposons est sa grande disponibilité et son faible coût” explique le Prof. Bar-Haim, “Il présente le potentiel d’un traitement efficace à distance, via un entrainement informatisé qui ne nécessite pas la présence d’un psychologue ni d’un psychiatre”. “Bien sûr”, commente-t-il, “d’autres essais cliniques sont encore nécessaires, à plus grande échelle et sur des civils souffrant du syndrome, comme c’est le cas de l’étude menée actuellement à l’Université Columbia de New-York, conjointement avec l’Université de Tel-Aviv. Cependant, il s’agit bien d’une percée qui pourra être significative pour le traitement du TSPT”.

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