Les effets dévastateurs des crèmes solaires sur les récifs coralliens

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Une étude internationale menée par le Dr.Omri Bronstein et le Prof. Yossi Loya du Département de zoologie de la Faculté des sciences de la vie de l’Université de Tel-Aviv, en collaboration avec le Dr. Craig Downs du laboratoire d’études sur l’environnement Haereticus en Virginie, révèle que l’un des principaux ingrédients utilisés dans la composition des crèmes solaires, est hautement toxique pour l’environnement marin en général, et cause des dommages incalculables et irréversibles aux récifs coralliens dans le monde entier.

La nouvelle recherche, continuation d’une étude parue en janvier 2014, qui avait suscité de nombreuses réactions dans le monde, a été publiée dans la revue “Archives of Environmental Contamination and Toxicology”. Plusieurs autres chercheurs aux États-Unis et à l’Université Ben Gourion du Néguev y ont également participé.

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“Nous travaillons dans un domaine appelé éco-toxicologie, qui se concentre sur les substances nocives pour l’environnement naturel, et leur impact sur la flore et la faune”, explique le Dr. Bronstein “Les recherches révèlent peu à peu les dégâts causés par des produits apparemment anodins, principalement alimentaires ou cosmétiques. Dans cette étude, nous avons choisi de nous concentrer sur un ingrédient qui sert à filtrer les rayons ultraviolets, utilisé dans la composition de la plupart des écrans solaires standard, appelé oxybenzone, et nous avons examiné ses effets sur les récifs coralliens dans la mer”.

La première phase de la recherche a été effectuée dans les laboratoires du Centre interuniversitaire des sciences marines d’Eilat. L’exposition à l’oxybenzone de larves coralliennes, a révélé des résultats alarmants dès une concentration minimale de 62 pour un trillion (0,062 microgramme par litre) : dégâts sur l’ADN à l’état embryonnaire, graves distorsions structurelles et troubles hormonaux, interférant avec les mécanismes de la construction de l’exosquelette, qui font que les jeunes coraux s’ensevelissent dans leur propre carapace. En parallèle, les chercheurs ont également examinés des tissus de coraux adultes, qui eux aussi ont subi des perturbations de leurs mécanismes hormonaux et de leur ADN.

En outre, les chercheurs ont examiné l’effet de l’oxybenzone sur les coraux dans des conditions de lumière et d’obscurité, et ont constaté que sa toxicité augmentait considérablement lors de l’exposition à la lumière. Dans le cas des récifs coralliens, qui se trouvent dans des zones géographiques ensoleillées, où les personnes utilisent une grande quantité de crème solaire, se créé un cycle particulièrement dévastateur.
En plus des tests de laboratoire, les chercheurs ont effectué un suivi environnemental des plages dans deux zones géographiques : à Hawaï dans l’Océan Pacifique et dans les îles Vierges américaines, situées dans la mer des Caraïbes. Dans les deux endroits ont été mesurées des concentrations d’oxybenzone sur les plages les plus fréquentées, qui attirent de nombreux baigneurs utilisant un écran solaire, jusque sur des sites relativement éloignés de la côte. Les chercheurs ont également vérifié des zones où les eaux usées des villes à proximité sont déversées dans la mer. La concentration de substance toxique trouvée dans l’eau était énorme : jusqu’à 800 par trillion à Hawaï, et jusqu’à 1,4 par million dans les Iles Vierges, soit respectivement 13 et 23 fois la concentration établie comme dangereuse en laboratoire.

“Notre étude a prouvé que l’oxybenzone, qui se trouve dans presque tous les écrans solaires, cause d’énormes dégâts aux récifs coralliens, et en particulier aux coraux à l’état embryonnaire” déclare le Dr. Bronstein. “Les embryons coralliens attaqués par l’oxybenzone ne peuvent plus s’installer sur les récifs et maintenir la continuité de l’espèce. Cela signifie que de nombreux récifs dans le monde entier, déjà endommagés par le passé à la fois par des facteurs d’origine humaine et des changements globaux à large échelle, ne seront pas en mesure de récupérer et de reconstituer”. Selon lui, ce fait a également une importance économique : d’importants fonds publics sont actuellement déployés dans la réhabilitation des récifs coralliens, mais à la lumière des conclusions de l’étude, il se pourrait bien qu’il s’agisse d’un gaspillage, car il existe une forte probabilité que ces récifs, en particulier ceux situés à proximité des plages ou de sites de déversement des eaux usées, ne puissent pas être reconstitués. Conclusion: dans les conditions actuelles il serait peut-être plus réaliste d’essayer de s’employer à réduire les dommages qui continuent de s’accumuler à un rythme alarmant, au lieu d’essayer de réparer leurs conséquences.

“Suite à notre précédente étude, qui avait examiné un autre composant de filtrage des UV, la benzophénone, l’utilisation des crèmes solaires a déjà été interdite dans certains endroits dans le monde” explique le Dr. Bronstein. “Certaines autorités officielles, comme le Service des Parcs nationaux aux États-Unis, ont organisés des campagnes massives pour encourager la protection par des moyens passifs comme les vêtements longs et les chapeaux à larges bords, et accroître la sensibilisation à l’utilisation de produits solaires ne contenant pas de produits chimiques nocifs. Dans le même temps de nombreux pays, dont les États-Unis, le Japon, l’Union européenne et Israël, agissent en vue de la modification de la législation et la révision des procédures de marquage et de délivrance de licence pour les produits contenant des ingrédients toxiques”.

L’étude actuelle renforce la prise de conscience de la gravité du problème. “Nos résultats soulignent les dangers recélés par un grand nombre de produits que nous considérons comme indispensables à la santé et à la protection. De plus, l’étude envoie un message clair aux entreprises de cosmétiques pour qu’elles agissent immédiatement afin d’améliorer leurs produits. Car, au-delà de l’importance des dégâts causés à l’environnement, nous recommandons également de réfléchir à deux fois avant d’utiliser sur notre corps des produits toxiques, provoquant une mutation mortelle et de graves dommages à l’ADN et au système hormonal”.

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