Vers un test sanguin pour le diagnostic d’Alzheimer ?

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Un groupe de chercheurs israéliens et américains dirigé par le Prof. Illana Gozes de la Faculté de médecine et de l’Ecole des neuroscience de l’Université de Tel-Aviv a identifié un biomarqueur qui pourra conduire au diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer par un test sanguin simple et fiable, permettant la mise en place d’une thérapie préventive.

Actuellement, le diagnostic de la maladie d’Alzheimer se fait par un processus long et complexe, fondé sur des tests subjectifs évaluant la mémoire, les capacités cognitives et fonctionnelles et les modifications comportementales des patients; dans certains cas sont également effectuées des simulations cérébrales spécifiques coûteuses, et même des tests invasifs du liquide céphalo-rachidien.

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La nouvelle découverte des chercheurs de l’Université de Tel Aviv, du Centre médical Rambam et de l’Université Harvard est susceptible de conduire à une percée importante pour le diagnostic de la maladie. Il s’agit d’une protéine, l’ADNP, dont le niveau augmente de manière caractéristique dans le sang chez les patients atteints d’Alzheimer. “Nous espérons que dans l’avenir, notre découverte pourra être utilisée pour développer un test sanguin simple permettant de diagnostiquer cette maladie grave dès ses débuts”, a déclaré le Prof. Illana Gozes.

La protéine ADNP a été découverte il y a 15 ans dans le laboratoire du Prof. Gozes. “Lors de précédentes recherches, nous avons montré que cette protéine et ses dérivés protègent le cerveau de diverses maladies”, explique-t-elle. “Dans la présente étude, nous avons décidé d’examiner pour la première fois s’il existe un lien entre son expression dans le sang du patient et ses capacités cognitives”.

L’étude s’est déroulée en trois étapes: au cours de la première un groupe de 40 adultes, d’un bon niveau éducatif et en bonne santé a été examiné à Boston, aux Etats-Unis. Les sujets ont entre autres subi des tests de QI, et des échantillons de leur sang ont été prélevés et envoyés au laboratoire de l’Université de Tel-Aviv. Le résultat a été surprenant: plus le quotient intellectuel des sujets était élevé, plus le taux d’ADNP dans leur fluide sanguin était important.

La deuxième expérience, également menée à Boston, s’est concentrée sur la quantité d’amyloïde dans le cerveau de ces mêmes sujets, visualisée au moyen de techniques perfectionnées d’imagerie médicale. “L’amyloïde est une substance protéique qui s’accumule dans le cerveau des patients atteints d’Alzheimer, mais se trouve souvent de même, en quantité moindre, chez les sujets en bonne santé”, explique le Prof. Gozes. “Nous avons cherché à comparer la quantité d’amyloïde dans le cerveau et l’expression de l’ADNP dans le sang des patients”. Ici aussi, les tests de laboratoire effectués à l’Université de Tel-Aviv ont montré un lien clair entre les résultats : plus la quantité d’amyloïde dans le cerveau était élevée, plus le matériel génétique ARN associé à l’ADNP diminuait dans les globules sanguins.

“Les deux premières expériences, menées sur des adultes en bonne santé, ont montré une adéquation entre le niveau dans le sang de l’ADNP et ses dérivés et les caractéristiques associées aux capacités cognitives du patient”, déclare le Prof. Gozes. “En d’autres termes: plus les capacités cognitives sont bonnes, plus le niveau d’ADNP augmente”.

Dans une troisième étape, menée au Centre médical Rambam de Haïfa, les chercheurs ont testé également des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. L’étude de Haïfa a porté sur 43 sujets au total : 11 personnes en bonne santé dotées d’un niveau cognitif normal, 15 avec une déficience cognitive légère et 17 atteintes de la maladie d’Alzheimer. Et là une surprise sensationnelle attendait les chercheurs : “Dans les globules blancs des patients atteints d’Alzheimer nous avons trouvé une quantité d’ADNP 8 fois plus grande que chez les autres”, explique le Prof. Gozes. “Même si nous ne pouvons pas, pour le moment, expliquer cette hausse, il ne fait aucun doute qu’elle constitue un biomarqueur clair de la maladie d’Alzheimer, qui peut être utilisé comme base pour l’élaboration d’un test sanguin simple pour la diagnostiquer, et, peut-être plus important encore, pour la prévoir bien avant qu’elle éclate. Une telle détection précoce permettra aux patients de commencer immédiatement un traitement préventif, qui retarde et atténue la maladie”. Selon le Prof. Gozes, la recherche a été menée jusqu’à présent uniquement au sein de petits groupes de patients, et on ne peut donc pas encore en tirer des conclusions radicales. Les chercheurs prévoient donc à présent d’élargir l’expérience à des populations plus larges.

Ont participé à l’étude, Anna Malishkevitz de l’Université de Tel Aviv, le Prof. Judith Aharon-Peretz du Centre médical Rambam de Haïfa, et les Prof. Gad Marshall, Reisa Sperling et Aaron Schultz de l’Université Harvard, a été publiée en novembre dernier dans la revue Journal of Alzheimer Disease.

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