La prédisposition au cancer existe depuis des siècles

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Le Prof. Israël Hershkowitz et les Dr. Rina Rosin-Arbesfeld et Ella Sklan de la Faculté de Médecine de l’Université de Tel-Aviv ont découvert une mutation génétique associée au cancer du côlon dans une momie hongroise du 18e siècle. L’étude publiée le 10 février 2016 dans la revue PLoS ONE suggère que la prédisposition au cancer n’est pas le produit du style de vie moderne et existait déjà il y a des siècles.

Le cancer en général et celui du côlon en particulier compte parmi les principales causes de mortalité aujourd’hui dans le monde. Le style de vie moderne, la nourriture industrialisée que nous consommons, les changements climatiques etc. sont souvent considérés comme responsables de son augmentation au cours des dernières décennies. Pour examiner le bienfondé de cette hypothèse, des chercheurs de l’Ecole de médecine de l’Université de Tel-Aviv ont tenté de vérifier si des populations anciennes, vivant dans un environnement complètement différent, étaient également porteuses de mutations génétiques augmentant la prédisposition à la maladie. Les résultats sont surprenants.

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“Bien qu’on ne trouve presque aucun témoignage de cancer chez les populations anciennes, la maladie est devenue l’une des principales causes de décès chez les populations modernes”, explique le Dr Rosin-Arbesfeld, spécialiste des mutations génétiques associées au développement du cancer colorectal. “Malheureusement, en dépit des innombrables études menées dans ce domaine dans le milieu universitaire et dans l’industrie et de l’argent investi, la plupart des cancers n’ont pas encore de solutions médicales efficaces. De nombreux chercheurs, à la recherche d’un indice qui permettrait de mieux appréhender le problème, se demandent si la prédisposition génétique au cancer est un phénomène des temps modernes, où abondent polluants, produits chimiques, radiations et hormones, ou bien si nos ancêtres, qui mouraient à un âge plus jeune pour des raisons autres n’avaient tout simplement “pas le temps” de développer la maladie, même s’ils en possédaient la prédisposition génétique.

Pour vérifier la question, le Dr Rosin-Arbesfeld et le Dr. Sklan du Département de microbiologie et d’immunologie de l’UTA se sont jointes au Prof. Israël Hershkowitz du Département d’anatomie et anthropologue de la Faculté de médecine. Tous trois se sont rendus au Musée d’histoire naturelle de Budapest, qui possède une rare collection de momies vieilles de 200 à 300 ans, provenant pour la plupart d’une église de la ville hongroise de Vác. “Pendant des siècles les chrétiens en Europe avaient coutume d’enterrer leurs morts dans des cercueils dans les sous-sols des églises”, explique le Prof. Hershkowitz. “Dans certains cas, il régnait dans ces sous-sols des conditions qui ont conduit à un processus de momification naturelle, c’est-à-dire que les corps ne sont pas désintégrés, mais ont séchés par un processus lent et au fil du temps sont devenus des momies. Ainsi leurs tissus mous ont-ils été préservés en relativement bon état, et on peut aujourd’hui s’en servir pour réaliser divers types de recherche, y compris des études génétiques”. Les chercheurs ont recueilli des échantillons de vingt momies, et les ont ramenés au laboratoire pour l’étude du cancer colorectal de l’Université de Tel-Aviv.

“Nous nous sommes concentrés sur le cancer du côlon et sur les mutations qui le provoquent parce qu’il s’agit d’une maladie très fréquente – c’est le troisième cancer le plus commun dans le monde – et également parce qu’il possède un contexte génétique clair, qui convient particulièrement aux travaux de recherche”, explique le Dr. Rosin-Arbesfeld. “La plupart des cancers colorectaux commencent par une mutation spécifique d’un gène important appelé APC. C’est la première étape dans la transformation d’une cellule saine en cellule cancéreuse. En fait, on peut déjà distinguer cette mutation du gène APC dans les minuscules polypes bénins détectés et retirés aux cours des examens coelioscopique de routine”.

Les chercheurs ont pu extraire l’ADN de trois momies. Ils ont scanné les échantillons dans le laboratoire du Dr. Rosin-Arbesfeld à la recherche des mutations génétiques de l’APC associées au développement du cancer du côlon, et ont effectivement repéré une telle mutation dans l’une des momies. “Nous avons découvert le début du processus génétique qui conduit au développement du cancer du côlon chez une personne qui a vécu il y a 300 ans au moins” explique le Dr. Rosin-Arbesfeld. Il est probable que sa mort a été causée par un autre facteur, qui n’est pas du tout lié à la maladie, bien avant que le cancer n’ait eu une chance de se développer, mais la mutation génétique susceptible de conduire au développement du cancer existait dans ses cellules. Cependant, il est important de noter que dans la mesure où cette mutation n’a été retrouvée que dans une seule une momie, il s’agit d’une première étude et il faudra examiner un plus grand nombre d’échantillons pour atteindre des conclusions claires”.

“Notre recherche apporte une composante clé qui manque la plupart du temps à la pensée médicale d’aujourd’hui, la dimension du temps”, explique le Prof. Hershkowitz. “Observer l’évolution et le développement des maladies nous aide à mieux comprendre les facteurs qui conduisent à leur émergence dans la pratique, et à leur trouver des solutions par la suite”.

Les chercheurs souhaitent à présent étendre leurs recherches à partir d’échantillons prélevés sur le plus grand nombre possible de momies de différentes périodes. “En effet, si nous parvenons à découvrir des mutations similaires fréquentes dans d’autres vestiges humains datant de centaines, voire de milliers d’années, nous pourrons suivre le développement des aspects génétiques de la maladie, et même identifier les facteurs environnementaux qui peuvent constituer un catalyseur multipliant sa fréquence” conclut le Dr Rosin-Arbesfeld.

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