Vers un test sanguin pour mesurer la vulnérabilité au stress ?

Vers un test sanguin pour mesurer la vulnérabilité au stress
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Le Prof. Talma Hendler, de l’Ecole des Neurosciences de l’Université de Tel-Aviv, directrice du Centre de fonctionnement du cerveau du Centre médical Souratsky et le Dr. Noam Shomron de la Faculté de Médecine, ont établi une corrélation entre le stress et l’expression d’un gène spécifique dans les globules blancs. L’étude, une des premières qui s’intéresse aux changements physiologiques induits par ce poison de la vie moderne, est une étape vers l’élaboration d’un test sanguin pour diagnostiquer la vulnérabilité au trouble de stress post-traumatique (TSPT) qui facilitera une intervention préventive ou précoce chez des personnes professionnellement exposées à un haut niveau de tension ou de traumatisme (combattants, policiers etc.). La recherche, publiée au mois de janvier 2016 dans la revue Plos One, été menée dans le cadre des travaux de doctorats des Dr. Sharon Vaisvaser et Shira Modai.

Notre capacité à faire face au stress dépend de l’efficacité avec laquelle notre corps et notre esprit régulent leur réponse aux situations stressantes. Les personnes ayant des difficultés à récupérer après une période de tension extrême ou prolongée sont susceptibles de développer un syndrome de stress post-traumatique (TSPT), une dépression, ou des même des dysfonctionnements somatiques comme des douleurs ou une fatigue chroniques. La nouvelle recherche multidisciplinaire menée à l’Université de Tel-Aviv montre que le processus de récupération implique à la fois des mécanismes neuronaux, épigénétiques et cellulaires, qui contribuent ensemble à produire un profil personnel de résistance au stress.

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“C’est peut-être la première étude qui introduit le stress en laboratoire en observant les changements qu’il provoque à trois niveaux: neuronal, cellulaire et comportemental” explique le Prof. Hendler. “Nous avons constaté que la vulnérabilité au stress n’est pas uniquement relié à une prédisposition génétique, mais que les gènes concernés peuvent s’exprimer ou non en fonction de l’environnement de la personne et de ses expériences au cours de sa vie” ajoute le Dr. Shomron. “Ce type d’interaction entre l’environnement et notre génome a été récemment conceptualisé sous le terme de ‘processus épigénétique’. Chaque personne naît avec un certain potentiel génétique codé dans son ADN, mais les gènes sont exploités par des molécules appelées micro-ARN, qui réagissent et se modifient en fonction de l’état du corps ou de l’esprit. Il est devenu clair que ces mécanismes sont d’une importance capitale pour notre santé et notre bien-être, et sont probablement dans certains cas, plus importants que nos prédispositions”.

L’étude a été conduite sur 49 hommes jeunes et en bonne santé, qui ont été soumis à une expérience de stress social. Les sujets devaient mener à bien diverses missions cognitives, alors qu’ils étaient confrontés à des réactions négatives telles que “Faux, recommencez,” “D’autres ont fait mieux”, “plus vite” et ainsi de suite. Pendant ce temps, les chercheurs ont examiné à la fois le fonctionnement cérébral des sujets par analyse d’images obtenues par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), et mesuré le niveau des microARN, petits ARN qui exercent des effets régulatoires puissants sur les gènes, par des tests sanguins avant la situation de stress, et trois heures après. Le Dr. Vaisvaser explique: “Vingt minutes après le pic de stress, nous avions deux groupes: les personnes ‘vulnérables’ qui étaient encore stressées, et celles qui avaient récupéré. Les ‘vulnérables’, soit ne revenaient pas à leur point de départ soit mettaient trop longtemps à le faire”.

Les chercheurs ont réussi à localiser un changement spécifique de l’expression du micro-ARN miR29c dans les globules blancs, plus important chez les personnes vulnérables au stress, et pouvant donc constituer un marqueur de récupération lente. Les personnes qui récupèrent plus lentement montrent une réaction moléculaire plus importante au stress dans leur micro-ARN miR-29c. Il s’avère que ce changement correspond également à une modification de la capacité de connexion d’un centre majeur de la régulation du stress dans le cerveau, le cortex préfrontal vento-médial, ou vmPFC, qui aide à modérer notre réaction au stress. “Nous avons découvert que le changement de l’activité moléculaire dans le sang se produit en parallèle avec un changement spécifique de l’activité cérébrale au cours du stress” explique le Dr. Shomron.

“L’homme est une créature sociale, donc nous réagissons tous fortement au rejet, ou à un traitement injuste”, explique le Prof. Hendler. “Il est sain de réagir au stress, à une chose considérée comme un défi ou une menace. Le problème est la récupération. Si vous ne récupérez pas en une journée, une semaine ou plus, cela indique que votre cerveau ou votre organisme a du mal à retourner à son niveau normal par auto-régulation (processus d’homéostasie). Nous avons constaté que cette récupération implique à la fois des mécanismes neuronaux, épigénétiques et cellulaires, qui contribuent ensemble à l’expérience subjective du stress”.

“Connaitre les données de mesures cérébrales qui correspondent à une telle vulnérabilité épigénétique rendra possible le développement d’un traitement personnalisé sur la base d’un test sanguin. Si vous pouvez identifier les personnes susceptibles de développer une réponse inadaptée au stress par une simple prise de sang, vous pourrez leur offrir une prévention plus efficace ou une intervention thérapeutique précoce” ajoute le Dr. Shomron.

Les chercheurs tentent actuellement de poursuivre leur étude en examinant les oscillations des marqueurs épigénétiques chez les personnes souffrant de troubles liés au stress pour vérifier s’il est possible de les modifier par des traitements ciblés sur le cerveau.

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