Recherche israélienne : empêcher le cancer de se déclencher

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Une équipe de chercheurs dirigée par le Prof Ronit Satchi-Fainaro, chef du Département de physiologie et de pharmacologie de la Faculté de médecine de l’Université de Tel-Aviv, à la tête du laboratoire de Nanomédecine et angiogenèse tumorale de l’Université a conçu le principe d’un nouveau nano-médicament capable d’inhiber la croissance du cancer des os et de le maintenir en sommeil.

Selon les chercheurs, l’étude récemment publiée dans la revue ACS Nano, pourrait être appliquée à d’autres types de tumeurs et constituer une nouvelle approche thérapeutique pour le traitement du cancer.

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L’ostéosarcome est une tumeur qui se développe dans les os des enfants et des adolescents. C’est l’un des cancers les plus agressifs, avec un taux de seulement 15 pour cent de survie de cinq ans à partir du diagnostic jusqu’au stade métastatique avancé. Il n’a pour le moment aucun traitement viable.

“Nous voulons maintenir ‘l’interrupteur’ du cancer en position éteinte”, commente le Prof. Satchi-Fainaro. “Une fois que la métastase de l’ostéosarcome migre loin du site primaire de la tumeur, il n’existe a pas de traitement efficace, seulement différentes manières de prolonger la vie”.

“Nous nous sommes inspiré d’un article de 1993 publié dans le New England Journal of Medicine par William C. Black et H. Gilbert Welch sur les lésions tumorales dormantes découvertes dans les autopsies de personnes mortes accidentellement, et considérées comme en bonne santé. Nous avons décidé d’enquêter sur la récidive de l’ostéosarcome, en mettant l’accent sur la valeur potentiellement thérapeutique de la dormance”.

L’ostéosarcome peut récidiver même si elle est prise tôt et excisées sur son site primaire. Par exemple, les cellules cancéreuses restantes après la chirurgie (“maladie résiduelle minimale”) peuvent “se réveiller” soudainement, causant la rechute. Dans le cas de “lésions micro-métastasiques dormantes,” des mini-tumeurs non détectées par les technologies d’imagerie actuelles réapparaissent tout à coup sous la forme de grandes macro-métastases, principalement dans les poumons.

“Nous voulions comprendre ce qui pousse les cellules cancéreuses à se “réveiller” dans ces cas-là”, explique le Prof. Satchi-Fainaro. “Tant que les cellules cancéreuses restent asymptomatiques et en sommeil, le cancer est une maladie gérable. Beaucoup de gens vivent avec des lésions de la thyroïde à leur insu, par exemple. Notre approche est très optimiste, et nous croyons qu’elle pourrait aussi bien s’appliquer à d’autres cas de cancers”.

Les chercheurs ont donc comparé en laboratoire des tissus tumoraux d’ostéosarcome provenant respectivement de cancers “endormis” et “progressifs”. “Nous voulions en examiner les différences, car nous savions que si nous pouvions interpréter leur genèse, nous pourrions comprendre ce qui a gardé le tissu tumoral en sommeil, et que si nous arrivions à inhiber la croissance du cancer, nous pourrions le cibler et le maintenir en dormance”, explique le Prof. Satchi-Fainaro.

En séquençant les microARN des tissus, ils en ont trouvé trois exprimés à de faibles niveaux dans le tissu tumoral agressif et à des taux élevés dans le tissu tumoral en sommeil. Insérant ces microARN dans une boîte de Pétri, ils ont observé qu’ils diminuaient le potentiel malin des cellules cancéreuses en réduisant leur capacité à communiquer avec les cellules normales présentes dans le microenvironnement.

“Nous avons vu que les cellules d’ostéosarcome traitées avec les microARN sélectionnés étaient incapables de recruter des vaisseaux sanguins pour nourrir leur croissance”, a déclaré le Prof. Satchi-Fainaro. “Afin de maintenir ces microARN stables dans le sang, nous avions besoin de les encapsuler dans une nanoparticule qui circule dans les vaisseaux sanguins sains, mais “débarquent” dans les vaisseaux malades des sites tumoraux et y délivrent leur traitement médicamenteux. Aussi avons-nous conçu un nano-médicament doté d’un procédé d’activation spécifique fonctionnant sur le site de la tumeur dans la cellule cible”.

“Des souris malades traitées avec ce nano-médicament ont vécu pendant six mois, ce qui est l’équivalent de 25 années humaines”, a-t-elle rapporté. “Ceci nous rend très optimistes. Si nous ne pouvons pas enseigner aux cellules tumorales à devenir normales, nous pouvons leur apprendre à rester en sommeil”.

Selon le Prof. Satchi-Fainaro, cette approche thérapeutique possède un important potentiel. Avec son équipe, elle étudie actuellement d’autres types de tumeurs et prévoie également de passer à l’étape des essais cliniques. “Le potentiel est énorme, car l’insertion de microRNA affecte une très grande quantité de gènes, et le cancer a de plus en plus de mal à les éviter et à compenser leur perte par une voie alternative”, conclut-elle. “Je souhaite que nos résultats soient applicables à d’autres types de tumeurs et devienne une approche universelle pour le traitement du cancer”.

L’étude est le fruit d’une collaboration de cinq ans entre l’équipe du Prof. Satchi-Fainaro, menée par la doctorante Galia Tiram, et les laboratoires des Prof. Rainer Haag et Marcelo Calderón à l’Université Frei de Berlin.

Le Prof. Satchi-Fainaro a été classé au 13e rang du classement des 50 femmes les plus influentes en Israël publié par Forbes en 2014.

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