Grossesse : découverte importante de l’Université de Tel-Aviv contre la pré-éclampsie

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Une recherche dirigée par le Dr. Noam Shomron et le Prof. Moshe Hod et menée par la doctorante Liron Yafe de l’École de médecine de l’Université de Tel-Aviv, a révélé pour la première fois une série de marqueurs moléculaires présents en début de grossesse chez les femmes susceptibles de développer une pré-éclampsie (hypertension artérielle gravidique cause de graves complications de la grossesse). Les biomarqueurs, découverts grâce au séquençage génétique de nouvelle génération et à des méthodes de calcul avancées, pourront permettre un diagnostic précoce avec un niveau de certitude de 85% par simple prise de sang, et un traitement préventif qui préviendra complètement l’apparition de la maladie.

L’étude menée en collaboration avec l’hôpital Beilinson en Israël ainsi que d’autres hôpitaux en Angleterre, en Russie, en Italie et en Espagne, a est publiée le 21.2.18, dans la revue Scientific Report Nature.

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“Jusqu’à 8 pour cent des femmes enceintes souffrent de pré-éclampsie au cours du deuxième ou troisième trimestre de la grossesse”, explique le Dr. Shomron. “Il s’agit d’une maladie grave qui met en danger la santé, et parfois même la vie de la mère et du fœtus. Ses causes sont ignorées, mais on lui connait cependant un traitement préventif éprouvé et simple: une prise d’aspirine à faible dose à partir de la 16e semaine au plus tard, et jusqu’à la fin de la grossesse”. Aujourd’hui ce traitement préventif est administré aux femmes enceintes considérées comme présentant des risques de développer la maladie, selon les estimations de leurs médecins. Mais en l’absence d’un marqueur biologique clair et sans équivoque, le diagnostic se fait sur la base de critères généraux tels que les grossesses précédentes, les sensations de la patiente, la pression artérielle ou un examen échographiques combiné à des tests de sang biochimiques, dont la sensibilité est insuffisante. La nouvelle étude a été conçue pour permettre un diagnostic précoce avec un degré de certitude beaucoup plus élevé”.

“Nous avons recherché un marqueur moléculaire qui soit présent dans le sang des femmes dès le premier trimestre de la grossesse, avant qu’elle souffre de symptômes, et qui annonce l’apparition de la pré-éclampsie plus tard”, explique le Dr. Shomron. À cette fin, les chercheurs ont suivi des milliers de femmes enceintes et prélevé chez chacune des échantillons de sang dans leur 12e semaine de grossesse. Par la suite (après la grossesse) ils se sont concentrés sur 75 échantillons : 35 provenant de femmes ayant souffert plus tard de pré-éclampsie, et 40 de femmes ayant terminé leur grossesse en pleine santé. Dans chaque cas, ils ont extraits des molécules d’ARN – environ 20 millions de molécules pour chaque échantillon.

“Les chercheurs du monde entier s’emploient à déchiffrer l’ADN du fœtus, mais très peu recherchent des solutions basées sur l’ARN, la substance génétique grâce à laquelle l’ADN peut s’exprimer”, explique le Dr. Shomron. “Dans mon laboratoire, nous avons décidé de nous concentrer précisément sur l’ARN, afin d’ouvrir une nouvelle ouverture pour le diagnostic de la pré-éclampsie, et d’autres maladies liées à la grossesse”. Utilisant la technologie du séquençage génétique de nouvelle génération, Liron Yafa, bio-informaticienne de formation, a mis en œuvre des algorithmes d’apprentissage automatique, afin de déterminer les différences exactes entre l’ARN des femmes tombées malades pendant leur grossesse et celui des autres. En conclusion, parmi les 20 millions de molécules d’ARN extraites, 25 pourront être utilisées comme marqueurs cliniques, leur configuration dans l’échantillon de sang indiquant avec une efficacité de 85% si la femme souffrira de pré-éclampsie à un stade plus avancé de sa grossesse.

“Nos résultats fournissent une base pour le développement d’un test sanguin simple pour prévoir la pré-éclampsie”, conclut le Dr. Shomron. “Mais ils ont aussi une autre importance : ils prouvent que les molécules d’ARN peuvent être utilisés comme marqueurs moléculaires dès le début de la grossesse. Ainsi viennent-ils renforcer la tendance mondiale qui vise à avancer les examens prénataux au premier tiers de la grossesse, au lieu de les réaliser en majorité pendant le troisième trimestre, comme c’est le cas actuellement. Cette mesure permettra aux médecins de prévenir les dommages à la mère et au fœtus, et le cas échéant, de commencer un traitement préventif le plus tôt possible, améliorant radicalement la santé de la mère et du fœtus”.

“Le Prof. Moshe Hod, avec qui nous avons réalisé cette étude, est à la tête de cette tendance en Israël et dans le monde, et a même récemment fondé une ‘clinique du premier trimestre’ à l’hôpital Beilinson. Aujourd’hui, dans notre laboratoire, nous recherchons des marqueurs d’ARN qui servent également à dépister le diabète gestationnel, maladie beaucoup plus courante que la pré-éclampsie, et qui peut causer des dommages importants au bébé pour toue la durée de sa vie”.

Le Prof. Moshe Hod, qui est également directeur de l’Institut de recherche de médecine périnatale de l’Hôpital Beilinson et président de la Société européenne de médecine fœto-maternelle, dirige actuellement la Commission pour la santé de la mère et du fœtus de l’Association internationale des gynécologues-obstétriciens (FIGO), qui a pour objectif principal de favoriser la prévision des complications de la grossesse dès son premier trimestre. “Il est important de comprendre que les complications de la grossesse causent des perturbations des processus de développement normal du fœtus et affectent toutes ses maladies futures dans l’enfance, l’adolescence et à l’âge adulte”, explique-t-il. En d’autres termes, il est important de transférer la batterie des tests et le diagnostic vers le premier tiers de la grossesse afin d’éviter l’apparition de complications comme le diabète gestationnel, la pré-éclampsie, les contractions précoces et les troubles de croissance du fœtus à des stades ultérieurs”. Le Prof. Hod relève les progrès actuels dans la recherche de nouvelles technologies, basées soit sur la génétique novatrice (mico-ARN) comme dans cette étude, soit sur le microbiome, le métabolome (marqueurs dans le sang de la mère, protéines et métabolites) et d’autres.

“Ces technologies nous permettront dans l’avenir de faire des dépistages dès les premières étapes de la grossesse et de prendre des mesures préventives pour prévenir les complications. C’est l’avenir de la médecine obstétrique”, conclue-t-il.

 

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