Israël-Iran : la bombe IEM expliquée par un scientifique

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Selon le London Sunday Times, Israël pourrait attaquer l’Iran en utilisant des bombes à impulsion électromagnétique (IEM) qui paralyseraient le pays en coupant les systèmes électriques et électroniques, et qu’une telle attaque renverrait la République islamique « à l’âge de pierre ».

Ces informations sont-elles fondées ou relèvent-elles seulement de la guerre psychologique que se livrent les pays occidentaux et l’Iran ? Nous ne sommes pas en mesure de le savoir, mais nous pouvons quand même nous intéresser à ce type de nouvelles technologies… pas si nouvelles que ça finalement.

Une bombe à impulsion électromagnétique repose sur l’émission très rapide et de très grandes amplitudes d’ondes électromagnétiques. Ces ondes peuvent être la conséquence de l’explosion d’une bombe atomique de très forte puissance ou générées par un dispositif conventionnel.

Les premières observations de ces puissantes ondes électromagnétiques remontent aux années 1940-50 lorsque les américains effectuaient des essais pour la conception de leur bombe atomique. Mais l’étude systématique de ces effets « secondaires » ne se fera que bien plus tard. Dans les années 1960, des explosions contrôlées de bombes atomiques en altitude permettent aux scientifiques de mesurer la puissance et le potentiel destructeur de ces ondes électromagnétiques. C’est ainsi qu’en 1962, une partie du réseau électrique de Hawaii s’est retrouvée endommagée par les ondes électromagnétiques générées par un essai nucléaire en altitude, situé à plusieurs centaines de kilomètres de l’ile, au milieu du Pacifique.

Dans le cas d’une origine nucléaire de l’explosion, trois impulsions sont générées par la déflagration : l’onde E1, est une onde très rapide et très intense. Tous les composants électriques, électroniques se retrouvent alors en présence de tensions très élevées qui dépassent leur tension de claquage (tension au delà de laquelle un matériau résistant devient conducteur par exemple). Cette onde est produite lorsque les rayons gamma éjectent des électrons dans l’atmosphère. Le champ magnétique terrestre sert alors de vecteur de transport à l’onde ainsi créée. L’onde E2est composée principalement des rayons gamma eux-mêmes. D’un point de vue puissance, elle peut être comparée à la foudre, et les dispositifs de type parafoudre permettent de s’en protéger.

Finalement l’onde E3 est générée par la modification du champ magnétique terrestre. C’est une onde beaucoup plus lente que les précédentes mais qui peut aussi provoquer des dégâts dans les grands réseaux de conducteurs électriques.

Ce type de bombe électromagnétique induit un courant électrique et un champ magnétique au niveau du sol libérant une puissance de plusieurs gigawatts sur un large spectre de fréquences. Par exemple, une explosion de 100 kilotonnes (à titre de comparaison, la bombe lancée sur Hiroshima faisait « seulement » 12 kT et les bombes actuelles font plusieurs mégatonnes) à 110 kilomètres d’altitude générerait des ondes destructrices sur une surface équivalente à la moitié des USA.

Mais il est également possible de fabriquer une bombe électromagnétique conventionnelle sans avoir recours à l’utilisation d’une bombe atomique. Ces méthodes sont développées parallèlement par les américains et les russes depuis les années 1950. Elles peuvent reposer sur l’utilisation, soit d’un générateur magnéto-cumulatif (Flux Compression Generator), soit d’un oscillateur à cathode virtuelle (vircator). Le premier dispositif consiste essentiellement à utiliser une brève explosion (conventionnelle) pour comprimer un champ magnétique produit par une source électrique extérieur. La compression du champ magnétique génère alors un courant qui produit un pic de puissance phénoménal (de 10 à 10000 fois la puissance de la foudre) au moment de l’explosion du dispositif. Le deuxième procédé, le vircator, consiste à produire une puissante impulsion à très haute fréquence (micro-onde de l’ordre du millimètre). Cette impulsion est créée par l’accélération d’un puissant faisceau d’électrons. Le pic de puissance obtenu peut varier de 150 kW à 40GW en fonction de l’arme souhaitée.

Quelles seraient les effets d’une telle bombe pour une société moderne ? Les composants électroniques présents dans nos appareils du quotidien (ordinateurs, télévisions, téléphones, etc..) peuvent supporter, selon les cas, entre quelques volts pour certains et quelques dizaines de volts pour d’autres. L’intensité du champ électromagnétique produit par une bombe à impulsion induirait un courant au sol de plusieurs centaines de volts. Tous nos appareils électriques se verraient donc détruits instantanément. Tous les moyens de communication seraient également brouillés par l’intensité du champ magnétique (voyez ce qu’il se passe à votre auto-radio quand vous passez sous une ligne à haute tension).

Est-il possible de s’en protéger ? Oui… et non ! Pour protéger un appareil électrique dans de telles conditions, il faut le placer dans une cage de Faraday. Il s’agit essentiellement d’une cage métallique qui entoure complètement l’appareil à protéger. Le problème est que cet appareil doit être complètement isolé de l’extérieur de la cage, sinon les puissants courants électriques pourront pénétrer à l’intérieur de la cage par n’importe quel câble auquel il serait relié. Inutile de préciser qu’un ordinateur ainsi complètement isolé, et en autonomie totale, ne peut plus communiquer avec le monde extérieur. Sa seule utilité se résume alors au stockage d’informations. Cela pourrait être d’ailleurs la seule utilité d’une cage de Faraday. Car nous nous devons de préciser ici que les contenus de tous les supports magnétiques de stockage (disques durs, bandes magnétiques, etc) se retrouveraient instantanément effacés lors d’une telle attaque.

Bien que l’explosion d’une bombe électromagnétique ne soit, en théorie, pas dangereuse pour l’homme (sauf si on est très proche de l’explosion bien sûr), elle aurait quand même des conséquences directes sur la santé des populations : stimulateurs cardiaques, installations médicales hors service, etc…

Une telle attaque sur les installations militaires iraniennes présenterait l’intérêt de stopper pour plusieurs années son programme nucléaire tout en préservant les populations locales. Elle permettrait également à Israël de se mettre à l’abri de représailles éventuelles car tous les appareils électroniques militaires (et civils) iraniens seraient alors hors d’usage. Les Etats-Unis, la Russie, la Chine, et certains pays européens (comme la France et l’Allemagne) possèdent de telles bombes.

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