Les coulisses d’un possible rachat de WAZE par Apple ou…

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La semaine dernière, la blogosphère internet bruissait de rumeurs à propos de l’éventuel rachat de WAZE par Apple, pour un prix évalué à 500 millions de dollars, et siliconwadi avait rapporté cette éventualité.

Comme il semble que le rachat ne soit pas imminent, nous vous proposons de prendre un peu de recul, afin d’envisager l’opportunité stratégique d’une vente de WAZE.

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On a beaucoup parlé d’un éventuel acheteur, mais pas des vendeurs ! Dans une transaction, les vendeurs comptent autant que les acheteurs. Qui sont donc les actionnaires de WAZE ?

Depuis sa fondation, la société a effectué trois tours de financement. La première levée de fonds en 2008 a apporté 12 millions de $, ce qui est un montant très important pour un premier tour, preuve de la qualité de l’équipe fondatrice et de son business model. Trois fonds ont participé : MAGMA VENTURE et VERTEX VENTURE, qui sont deux importants fonds israéliens de capital risque, ainsi que BLUERUN VENTURES, fonds américain moins connu, mais qui a la particularité d’être aussi très implanté en Chine et en Corée. Les mêmes actionnaires ont réinvesti 25 millions en 2010.

Enfin, le troisième tour, fin 2011, a apporté 30 millions à WAZE, sur une valorisation de l’ordre de 200 millions de dollars semble-t-il. Pour cette levée de fonds, WAZE a fait rentrer le célèbre fond KLEINER PERKINS, connu pour ses investissements dans Amazon, AOL et Google entre autres, ainsi que le fond de Li Ka-Shing, le milliardaire de Hong-Kong; ces deux investisseurs sont des très grosses pointures.

Question : les actionnaires sont-ils vendeurs ? Mon avis est que les VC du premier tour, qui feraient entre 6 et 10 fois la mise initiale sur une valorisation de l’ordre de 500 millions, seraient certainement vendeurs sur ce niveau de prix. Pour KLEINER PERKINS, l’analyse devrait être différente : sa plus-value serait moindre, et on peut penser que l’objectif du fonds est d’accompagner la société plus longtemps dans son développement, en Chine par exemple (d’où la présence de Li Ka-Shing), en vue d’une sortie en bourse ultérieure, sachant que KLEINER PERKINS a initié de nombreuses IPO (Initial Public Offering = introduction en Bourse) à succès. Tout ceci à prendre au conditionnel bien entendu !

Pour les dirigeants, quel serait l’intérêt de vendre actuellement, au-delà de l’aspect financier évident ?

Le business model de WAZE est fondé sur la construction d’une communauté d’utilisateurs, qui alimentent et améliorent en permanence le service. Une fois qu’une masse critique d’utilisateurs est atteinte dans un pays, les utilisateurs ont de plus en plus intérêt à l’utiliser, ce qui renforce sa position dominante : cela s’appelle Winner Takes All; le leader écrase et évince la concurrence.

En Israël, avec 4 millions d’utilisateurs, WAZE est utilisé par presque tous les conducteurs ! Une récente étude universitaire montrait d’ailleurs que l’utilisation du service permettait de réduire les accidents et la mortalité sur la route. En France, aux Etats-Unis, le service n’est pas dominant sur le marché; mais c’est WAZE qui a le plus profité des problèmes du logiciel de cartographie d’APPLE à l’automne 2012. La base d’inscrits est de 34 millions de personnes, qui ne sont cependant pas tous utilisateurs réguliers, et est en croissance rapide : WAZE prévoit 70 millions d’utilisateurs fin 2013. En Chine, en Corée, au Brésil, les perspectives de développement sont immenses.

Mais même une communauté de 34 millions ne fait pas rentrer obligatoirement de l’argent dans les caisses ! Le service est gratuit, et il n’est pas simple de monétiser cette base d’utilisateurs.

WAZE a lancé récemment une régie publicitaire, qui affiche des publicités ciblées pour des restaurants, des stations service, des magasins, avec l’avantage que WAZE sait non seulement où sont les utilisateurs, ce qui est de la géolocalisation classique, mais aussi où ils vont aller, ce qui est pour le coup un avantage concurrentiel très important. Cette activité est encore jeune, et je n’ai pas trouvé d’informations sur son déploiement et son intérêt pour les annonceurs. Cela pose aussi la question de la pertinence de regarder des publicités sur un smartphone tout en conduisant. Je n’essaierai pas sur la place de l’Etoile pendant une soirée d’hiver pluvieuse …

Vendra, vendra pas ? WAZE a la technologie et les capacités pour devenir un leader mondial, et réaliser une IPO fracassante au NASDAQ dans quelques années. On verra si les aléas de l’internet mobile l’y amèneront.

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