Gisements de gaz israéliens: le début d’une révolution

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La récente mise en production du champ gazier de Tamar, au large de Haïfa, donne l’occasion de faire le point sur les ressources gazières d’Israël.

La découverte en 2000 du gisement Yam Thetis, au large de Ashdod, a fait entrer Israël dans l’ère du gaz naturel comme source d’énergie pour produire de l’électricité, en complément du charbon et du pétrole. Avec le champ de Tamar, à une centaine de km au large de Haïfa, dont les résultats positifs ont été connus en janvier 2009, Israël entre dans l’ère de l’indépendance énergétique, car la production de ce gisement devrait réduire fortement la dépendance aux sources d’énergie importées, en couvrant les besoins domestiques pour près de 25 ans. Enfin, le gisement Leviathan, encore plus à l’ouest et proche des eaux chypriotes, ouvrira à Israël les portes des marchés à l’exportation, vers 2018.

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Qui sont les acteurs de cette manne gazière ?

Pour développer des ressources énergétiques, plusieurs étapes doivent être complétées. Tout d’abord, l’Etat vend des licences d’exploration dans des zones qui semblent prometteuses. Des investisseurs s’allient avec des compagnies d’exploration pour forer des puits. Si des découvertes sont faites, il faut alors construire les infrastructures de production, puis d’évacuation du gaz vers les lieux de consommation. Les investissements d’exploration se montent en centaines de millions de dollars, ceux de production et de distribution en milliards de dollars.

L’opérateur d’exploration et de production est la compagnie américaine NOBLE ENERGY, qui est un acteur énergétique de taille moyenne aux Etats-Unis. Noble détient 36% des droits de Tamar. Le second investisseur est le Groupe DELEK, de Isaac Tshuva, avec 31%. Vient ensuite avec 29% Isramco, société d’investisseurs israéliens au départ, mais qui est maintenant également cotée à Wall Street avec plus de la moitié du capital dans le public; et enfin Alon Gas, société cotée à Tel Aviv détenant 4% de Tamar.

Le gaz du gisement de Tamar est évacué par un gazoduc de 160 km de long, posé à 1500 mètres au fond de la Méditerranée, qui est relié à l’infrastructure du puits Mari B du gisement Yam Thetis, dont la production est terminée. De là, le gazoduc rejoint la terre ferme au nord d’Ashdod.

 Quelques chiffres pour mieux comprendre l’importance du gaz pour Israël.

Dans ses récentes prévisions économiques pour 2013, la Banque d’Israël a estimé que le gaz de Tamar devrait ajouter 1% à la croissance économique israélienne en 2013.

Le champ de Tamar est estimé à 10 TCF (trillions de pieds cubes). Il devrait générer, sur les 25 prochaines années, environ 25 milliards de dollars de revenus pour le consortium de production, et 39 milliards de taxes pour l’Etat, en considérant les royalties sur la production, les impôts sur les bénéfices des sociétés, et les taxes sur les revenus gaziers (selon les travaux de la Commission Sheshinsky).

La plateforme de production de Tamar extrait le gaz emprisonné dans les roches environ 5000 mètres sous le fond de l’eau. Cette plateforme, qui a nécessité un investissement de 3 milliards de dollars, mesure 290 m de hauteur et pèse 34.000 tonnes. Depuis sa mise en production le 30 mars, le gisement devrait rapidement produire 750 MCF par jour (millions de pieds cubes), pour atteindre 1000 MCF d’ici 2015. Le gaz extrait va progressivement remplacer le charbon pour produire de l’électricité de façon moins coûteuse et plus propre, sachant que le charbon représente à ce jour 68% de l’énergie utilisée par IEC (Israël Electric Corp). Le gaz de Tamar va également être utilisé par des gros clients industriels, pour produire directement de l’électricité pour leurs besoins propres.

 Leviathan et les promesses de l’exportation.

Avec le champ de Leviathan, découvert en décembre 2010 et estimé à 17 TCF au minimum, Israël sera en capacité d’exporter du gaz. Situé à l’ouest de Tamar, Leviathan est développé par le même consortium. Sa production devrait démarrer en 2016, alors que le gaz de Tamar ne sera déjà plus suffisant pour couvrir les besoins domestiques. Mais beaucoup reste à faire. Leviathan n’est pas encore relié à la côte israélienne; la construction d’un gazoduc et d’une infrastructure terrestre représente un investissement de 4 milliards de dollars, sachant de plus qu’aucun lieu n’a encore été sélectionné ou accepté pour le terminal à terre.

Le Comité Tzemach, mis en place par le précédent gouvernement israélien, a recommandé de réserver environ la moitié du gaz de Leviathan pour l’export. C’est à partir de ces conclusions que la société australienne Woodside, spécialisée dans le gaz naturel liquéfié, a conclu un accord préliminaire pour acquérir 30% des droits de Leviathan pour 1,25 milliards de dollars, afin d’exporter le gaz sous la forme liquéfiée. Construire une usine de liquéfaction fixe à terre, ou flottante comme Woodside l’a déjà fait en Australie, nécessite un investissement de plusieurs milliards de dollars; cela permettrait d’exporter le gaz de Leviathan vers l’Extrême Orient. Une autre possibilité est de poser un gazoduc vers la Grèce, pour l’exportation vers l’Europe, ou bien vers la Turquie au nord : pour toutes ces solutions, des questions politiques viennent s’ajouter à l’équation économique.

Le Bassin du Levant, qui représente la plus importante découverte de gaz de la fin des années 2000, n’a pas encore livré toutes ses promesses : d’autres découvertes de gaz sont possibles, sinon probables, sans compter les éventuels gisements de pétrole. Avec Tamar et Leviathan, Israël entre dans le club des pays producteurs et exportateurs d’énergies fossiles.

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